Ch_re_Anne Autant le dire d'emblée, "Chère Anne", le second roman traduit en français et publié aux éditions Joelle Losfeld, de l'écrivaine israélienne Judith Katzir est un texte magnifique. Une collégienne israélienne de Haïfa, d'une étonnante maturité tient son journal. En fait, elle signe du nom de Kitty, la confidente imaginaire à qui la jeune Anne Frank s'adressait dans son fameux journal pendant la seconde guerre mondiale. Rivi alias Kitty raconte, à son tour, à Anne Frank sa vie de jeune fille mais surtout son étonnant amour pour une femme plus âgée qu'elle, Michaëla, son professeur de littérature hébraïque. Leur amour est réciproque, clandestin bien sur et se déroule sur les hauteurs de Haïfa ou au bord de la mer. Roman initiatique qui dit l'intimité des êtres, des sentiments, du désir, des années qui s'écoulent, d'Israël. L'oppression qui pèse sur ces deux femmes n'est pas d'ordre religieux car elles évoluent dans une société laïque mais exprime surtout le refus social d'un amour de femmes à la fin des années soixante-dix, qu’accuse ici la différence d’âge entre les deux héroïnes, en tout cas dans un premier temps.

sodot

La réprobation religieuse est par contre présente dans « Sodot » (Les Secrets), le film de l’Israélien Avi Nesher ( présenté dans le cadre du 8ème Festival du cinéma israélien organisé par Isratim et Charles Zrihen du  25 mars au 1 avril 2008 au mk2 bibliothèque à Paris ). Tourné en 2007, il s’inspire du phénomène nouveau au sein du monde juif orthodoxe dont nous parlons souvent dans nos recherches : l’accès récent des femmes à l’étude talmudique. Il montre dans le cadre d’un de ces séminaires à Safed en Galilée, l’amour qui naît entre deux jeunes femmes pratiquantes. L’une d’entre elles est érudite et prête à aller jusqu’au bout de cet amour, à braver l’opprobre familial et social et à conjuguer son amour pour une femme et son engagement orthodoxe dans le judaïsme. L’autre….

En effet, dans le judaïsme, si l’homosexualité masculine est stigmatisée explicitement dans le texte du Lévitique et du Talmud, l’homosexualité féminine est quelque peu passée sous silence. Le Talmud le définit comme un acte de dévergondage (« pirtsout » en hébreu) mais ne s’appesantit pas sur la question. Tout se passe en fait comme s’il ne considérait pas vraiment l’acte d’amour entre deux femmes comme un acte sexuel… Martine Gross le démontre bien dans « Judaïsme et homosexualité féminine », dans « Femmes et judaïsme aujourd'hui », un ouvrage à paraître prochainement aux éditions In Press dont j’ai dirigé la publication (voir billet du 9 mai 2007 du présent blog).

La souffrance que peut engendrer la difficile conciliation entre homosexualité et mode de vie juif orthodoxe est visible dans l’émouvant documentaire de Sandi S.Dubowski, « Trembling Before God », USA (2001).

Quant au documentaire d’Ilit Alexander, « Keep not silent : orthodykes », Israël 2004, qu'il aurait été plus juste de traduire par  « Toi que mon âme aime » d'après son titre en l’hébreu (« At sheaava nafchi ») : il montre des exemples d’amours de femmes dans le milieu juif orthodoxe en Israël. Amours cachées ou plus visibles de femmes qui ne veulent renoncer ni à leur judaïsme pratiquant ni à leurs amours ou l’élue de leur cœur.

Des avancées se font jour, ici ou là, au sein des différents courants du judaïsme, en particulier libéral et reconstructioniste. Le judaïsme « conservative » ne tranche pas réellement préférant renvoyer leurs ouailles à leurs communautés respectives (voir à ce sujet "Rabbins et Homosexualité"). Quant au judaïsme orthodoxe, il repousse encore un débat qui pourtant s’impose déjà dans la réalité depuis longtemps. Cliquez ici pour en savoir plus sur le sujet ou vous reporter au site du Beit Haverim, groupe juif gay et lesbien de France