Rivka_Lubitch (Rivka Lubitch).

Le 7 décembre dernier, en 2009, le ministre de la Justice en Israël, Yaakov Neeman, avait fait une déclaration fracassante en affirmant que la loi juive religieuse (la "halakha") devait progressivement s'imposer en Israël. Il affirmait ainsi en présence de diverses personnalités religieuses dont Yona Metzger, le Grand rabbin ashkénaze d'Israël et le rabbin Ovadia Yossef, le fondateur et chef spirituel du parti orthodoxe sépharade Shass : "Pas à pas, nous imposerons aux citoyens d'Israël les lois de la Torah, et  nous ferons de la "halakha" la Loi régissant la nation". Il y eut de vives réactions à ces propos notamment des partis de gauche et du centre comme le relate encore le JSS News, telles celle de Tspi Livni, la dirigeante de Kadima qui s'exclama : "Ces déclarations de Neeman devraient inquiéter chaque citoyen d’Israël soucieux de la démocratie”.
Rappelons que jusqu'à présent, la loi civile prédomine en Israël sauf pour les questions touchant au statut de la personne comme le mariage ou le divorce. Ainsi, par exemple, le divorce accordé dans la loi juive uniquement par le mari ne peut s'effectuer que devant un tribunal rabbinique.

Nous choisissons aujourd'hui, pour participer à ce débat toujours d'actualité et pour longtemps encore, de mettre en ligne un article de Rivka Lubitch, une femme juive pratiquante. Rivka Lubitch est avouée rabbinique c'est à dire qu'elle soutient et accompagne les femmes auprès des tribunaux rabbiniques notamment pour obtenir leur divorce religieux ("guet"). Elle est également membre du Center for Women's Justice, fondé par l'avocate Susan Weiss, un centre qui se bat en Israël pour l'amélioration de la condition des femmes, en particulier au sein de la loi juive. Dans l'une de ses chroniques publiées régulièrement sur Ynetnews, "Où est la justice pour les femmes ?", publié le 21 décembre 2009, Rivka Lubitch interpelle Yaakov Neeman : "Est-ce que l'honorable ministre pourrait répondre à cette question : est-ce que le système légal qu'il a imaginé permettrait aux femmes de témoigner ? Permettrait-il à un Juif laïc de témoigner ? Des femmes pourraient-elles agir en tant que juges ? Qu'en serait-il de l'égalité entre hommes et femmes ? Entre Juifs et non Juifs ?". En effet, selon la "halakha" telle qu'elle est les femmes ne peuvent au sein d'un tribunal rabbinique ni être juges ni être entendues comme témoins (sauf dans des cas exceptionnels) à l'instar des autres catégories citées. Rivka Lubitch aborde également la question de l'héritage pour les femmes : "Les épouses pourraient-elles hériter de leurs maris ? Les filles de leurs père ou les droits d'héritage seraient-ils relégués au sexe masculin ?". L'avouée rabbinique ne fait que relever là des points de revendications de femmes juives orthodoxes et féministes qui se battent principalement en Amérique du nord et en Israël, plus rarement en France. Elles obtiennent parfois, avec le soutien d'autres personnes sensibles à ce combat pour l'équité et l'éthique au sein du judaisme, quelques avancées de ci de là (ce blog en témoigne parfois). Mais ce qu'il y a de plus édifiant c'est "l'anecdote" que cite Rivka Lubitch en conclusion de son article et que nous reproduisons ci dessous : "Il y a quelques années j'ai assisté à une conférence instructive qui prônait l'application de la Torah à la loi de l'Etat, conférence donnée par un juriste religieux qui était un expert sur la question. Après la conférence, je lui ai demandé : « Pourquoi en tant que femme devrais-je accepter la "halakhah" si elle me discrimine et n'accepte pas mon témoignage devant une cour de justice ? ». Ce à quoi il a répondu : « Ce n'est pas un problème. Quand le moment sera venu de prendre une décision sur ce sujet, nous réunirons deux érudits en Torah dans une pièce durant 24 heures et ils trouveront une solution. Et si cela est nécessaire nous trouverons une voie juive légale ("halkhatique") pour que les femmes puissent témoigner en cour (rabbinique) ». Je fus choquée par cette réponse. Si c'est si simple pourquoi cela n'a-t-il pas déjà été mis en place ? Je lui ai suggéré que nous devrions d'abord trouver une solution qui admette le témoignage des femmes et seulement après, pourrait-il espérer mon soutien à l'incorporation de la Loi juive ("halakha") dans notre système légal moderne (en Israël)".

La morale de cette histoire ? Je vous la laisse la tirer... Pour ma part, elle me confirme dans la conviction que des solutions "halakhiques" peuvent être trouvées au sein de la loi juive orthodoxe afin que les discriminations actuelles à l'encontre des femmes dans les points cités (divorce, témoignage, juge, héritage) cessent. Si tel n'est pas le cas actuellement, c'est que le combat pour sensibiliser le monde juif est encore à mener afin que les autorités rabbiniques dans le monde ait enfin le courage et la dignité de prendre les mesures qui s'imposent. Il reste que même alors, la séparation de la loi juive religieuse et le l'Etat me semble d'une absolue nécessité.

Pour lire l'intégralité de l'article en anglais de Rivka Lubitch, cliquez ici.