Rompre avec un mode de vie ultra-orthodoxe

 Le 10ème  Festival du film israélien de Montréal s’est tenu dans une édition trilingue (hébreu, français et anglais) du 28 mai au 4 juin et a été organisé par la Communauté Sépharade Unifiée du Québec (CSUQ). Outre des longs métrages aux thèmes très variés, il était possible de voir une série de courts métrages dont quelques- uns portaient sur le retour à la tradition juive ou le fait de la quitter.

Lauréats du Festival du film(Efrat Berger, à gauche,l’une des lauréats du Prix de la Fondation de Jérusalem au Canada)

« Peyot » d’Efrat Berger, l’une des lauréats du Prix de la Fondation de Jérusalem au Canada est un court métrage qui suit des jeunes gens qui quittent le monde ultra- orthodoxe ("haredi" en hébreu).
La réalisatrice les filme au moment de cette transition lorsqu’ils contactent notamment « Hillel » une association qui accueille les femmes et les hommes qui rompent avec leur milieu d’origine. Cette association soutient ces personnes qui « retournent à la question » (hozeré becheela) en opposition à ceux qui retournent à la religion (hozeré betechouva) ; elle les guide dans un monde laïque dont ils ne connaissent pas encore les codes.
Ces ruptures sont souvent difficiles car celles ou ceux qui quittent le monde ultra-orthodoxe sont fréquemment rejetés par leurs familles, leurs amis, leurs milieux professionnels liés à leur ancien mode de vie, etc. Je reste cependant surprise que ces changements soient si radicaux comme s’il n’existait pas la possibilité d’un judaïsme religieux orthodoxe, modéré ou autre autant pour eux que, apparemment, pour l’association qui les soutient dans ce cheminement.
En effet, l’une des représentantes de l’association dit au protagoniste principal du film qu’il faut qu’il rompt avec son mode de vie et surtout son apparence d’hommes religieux (par exemple qu’il coupe ses papillotes, le titre même du film en hébreu « peyot ») et qu’alors son association pourra s’occuper de lui. 
C’est peut-être là nécessaire, je ne sais.
Nous attendons sur ce sujet le livre de Florence Heymann, chercheure au CNRS « Les déserteurs de Dieu. Ces ultra-orthodoxes qui sortent du ghetto », Paris, Grasset, à paraître en septembre.

Revenir à la tradition juive

bringing_the_wind(Le jeune héros de "Bringing the wind")

Partir trois mois en extrême orient et … revenir avec une kippa (calotte) et des  tsitsits (franges rituelles en dessous ou sur ses vêtements) avec la ferme intention de pratiquer le judaïsme, d’être un hozeré betechouva ou un baal techouva (littéralement un maitre de la pénitence)....Tel est le thème du court métrage « Bringing the wind » de Noam Keidar présenté dans le cadre des films de l’Ecole Ma’aleh, école de cinéma de renom en Israël créé pour des femmes et des hommes soucieux d’une pratique juive. On imagine la perplexité voire le malaise ou l’opposition de sa famille notamment de son père qui pensait que le fils reprendrait l’étude d’avocat….D’autant plus, que le père croise son fils à un carrefour distribuant des tracts ou copies de C.D de rabbi Nahman de Braslav (un groupe hassidique pour le moins original….) avec une kippa à pompon blanc caractéristique de ce groupe. Est-il entré dans une secte juive ?
On imagine et on voit aussi la difficulté du fils à avouer à ses parents sa soif spirituelle et son choix. 
En tout cas, c’est une fiction qui reprend une problématique présente dans le judaïsme depuis des années : le retour à la pratique juive, généralement de jeunes filles ou jeunes hommes. Retour parfois (le plus souvent ?) à une pratique ultra-orthodoxe qui bouscule les familles…..

La punkeuse hozeret beteshouva(L'héroine de "Revival", la tête couverte par un foulard comme c'est le cas pour les femmes mariées dans les milieux juifs orthodoxes, jouant à la guitare dans son ancien groupe de punk)

« Revival » de Nadav Lazare, aborde le même thème mais sous un autre angle, de plus les protagonistes sont d'une autre génération.La femme de Hemi, sans doute un remariage, était dans sa jeunesse une chanteuse dans un groupe punk avant d’avoir fait techouva (d’être revenue à la pratique juive). Des décades plus tard, le groupe de musique veut se reconstituer… Bouleversement dans le couple où le mari évoluant dans un milieu orthodoxe cette fois ci sioniste, est lui-même confronté au conformisme de la pensée. Il a exprimé dans l’un de ses cours, comme professeur de pensée juive, que le Roi David a fauté en envoyant Ouri se faire tuer sur le front de la guerre afin de pouvoir s’approcher de Bathcheva, la femme d’Ouri. On sait que, selon la tradition juive,c’est à partir cette faute grave, que David fera techouva (pénitence) et écrira le Livre des Psaumes

Et pourtant oser exprimer ce que la tradition juive talmudique et kabbaliste affirme sans ambages, créée à Hemi des problèmes dans un milieu où tout se passe comme si les hommes de la Bible étaient irréprochables [1] ou avaient de bonnes raisons d'agir comme ils l'ont fait!

Ces deux films montrent à leur manière, une fois de plus, que seuls les liens d’amour permettent de surmonter parfois des changements radicaux d'itinéraires pour les uns comme pour les autres

Sonia Sarah Lipsyc

[1] Sur l'épisode de David et Batcheva voir le 2ème livre de Samuel, chapitres 11 et 12. Sur le sujet voir traité Sanhedrin 107 du Talmud de Babylone a et la très belle traduction et annotation de feu Charles Mopsik (zal) du livre du kabbaliste du 13ème siècle, R.Joseph Gikatila : David et Bethsabée, le secret du mariage, éditions de l'éclat, 2003. http://www.lyber-eclat.net/livres/david-et-bethsabee/